- Un consensus d'analystes sur les valeurs moyennes repose souvent sur deux ou trois estimations seulement, ce qui le rend peu fiable.
- La directive MiFID 2 a entraîné une baisse de 15 à 26 % de la couverture des petites capitalisations, réduisant leur visibilité auprès des investisseurs.
- La facturation séparée de la recherche a conduit les gestionnaires à diviser par cinq leurs budgets alloués aux courtiers depuis 2018.
- Un texte européen de fin 2024 autorise de nouveau le regroupement des frais d'exécution et de recherche, mais la reconstitution des équipes reste incertaine.
Un consensus d’analystes est une moyenne, et la valeur d’une moyenne dépend du nombre d’observations qui la composent.
Sur les grandes capitalisations, ce nombre se compte souvent en dizaines. Sur les valeurs moyennes et petites, il peut se réduire à deux ou trois, voire à zéro. La présentation est pourtant identique dans les deux cas.
Cette asymétrie s’est accentuée en France depuis une réforme européenne dont les effets sont désormais documentés, et qui fait aujourd’hui l’objet d’un revirement.
Ce que cela change dans la lecture d’un consensus
Les perspectives de marché 2026 et les documents équivalents reposent sur un travail d’analyse dont l’intensité varie fortement selon la taille des sociétés concernées.
Avant d’utiliser un chiffre agrégé, plusieurs éléments méritent d’être identifiés :
- Le nombre d’analystes ayant contribué à la moyenne ;
- La date de la contribution la plus ancienne encore intégrée ;
- L’écart entre l’estimation la plus haute et la plus basse ;
- L’origine de la recherche, selon qu’elle est financée par les investisseurs ou par l’émetteur.
Le premier point suffit souvent à qualifier la fiabilité du chiffre. Une moyenne de deux estimations n’est pas un consensus.
L’ampleur du recul
Le phénomène a été mesuré par le régulateur français, et les ordres de grandeur sont significatifs.
Une publication de l’association professionnelle des analystes rappelle que, dans son rapport intitulé « Relancer la recherche après MiFID 2 », l’autorité avait estimé à 15 et 26 % la baisse de la couverture par les analystes des actions de petites capitalisations sur les compartiments concernés.
La même publication situe cette évolution parmi les facteurs expliquant le désintérêt observé pour ce segment de la cote, la couverture par les analystes étant présentée comme un préalable au développement boursier de ces sociétés.
Le raisonnement se tient. Une société que personne ne suit ne fait l’objet d’aucune information dérivée, ce qui réduit la visibilité dont elle dispose auprès des investisseurs.
La cause économique
L’origine du phénomène est financière et non éditoriale.
Un article consacré à la transformation du métier rapporte le constat d'un dirigeant de bureau d’études : après l’entrée en vigueur de la directive, les gestionnaires sont devenus très prudents sur leurs dépenses en frais de recherche, et depuis 2018 le budget alloué aux courtiers pour la recherche financière sur les marchés secondaires a été divisé par cinq.
Le mécanisme est celui de la facturation séparée. Tant que la recherche était incluse dans les frais de transaction, son coût n’apparaissait pas comme une ligne budgétaire distincte. Une fois isolée, elle est devenue un poste de dépense arbitrable.
Les sociétés les plus suivies sont celles pour lesquelles cette dépense se justifie économiquement, c’est-à-dire celles qui génèrent le plus de volume. Les valeurs moyennes en sortent structurellement perdantes.
Le revirement réglementaire
Le législateur européen est revenu sur cette disposition, ce qui constitue l’élément le plus récent du dossier.
Un texte publié fin 2024 autorise de nouveau les intermédiaires à ne plus séparer dans leur facturation les frais d’exécution et ceux liés à la recherche, sur demande des investisseurs.L'objectif affiché est de revitaliser le marché de la recherche et de garantir la couverture des petites et moyennes valeurs.
Les professionnels du secteur se montrent réservés sur la portée de ce retour en arrière, une partie des équipes ayant été réduite ou redéployée entre-temps. Reconstituer une couverture suppose des moyens humains qui ne se rétablissent pas par une simple modification de facturation.
Ce que cela implique pour un investisseur
La situation crée une différence de traitement entre segments de cote :
- Sur les grandes valeurs, l’information publique est largement traitée et rapidement intégrée ;
- Sur les valeurs moyennes, une part de l’information reste à analyser par soi-même ;
- Un consensus peu fourni est sensible à la révision d’un seul contributeur ;
- L’absence de couverture ne renseigne pas sur la qualité de la société ;
- Le travail d’analyse repose alors davantage sur les documents publiés par l’émetteur.
Le quatrième point mérite d’être souligné. Une société peut ne pas être suivie simplement parce que sa taille ne justifie pas la dépense pour un intermédiaire, sans que cela reflète quoi que ce soit sur son activité.
Comment vérifier
Quelques contrôles permettent de situer la fiabilité d’un chiffre agrégé :
- Rechercher le nombre de contributeurs, généralement indiqué à côté du consensus ;
- Comparer les estimations extrêmes plutôt que la seule moyenne ;
- Vérifier la date de la dernière mise à jour ;
- Identifier si la note consultée relève d’une recherche commandée par l’émetteur ;
- Se reporter aux documents de référence de la société lorsque la couverture est faible.
Le dernier point est la conséquence pratique de tout ce qui précède : moins une valeur est suivie, plus l’analyse doit être conduite à partir des sources primaires.









